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"Extases", un very good Tripp — ctrl-X

« Extases », un very good Tripp

Le co-auteur de Magasin général évoque sa vie sexuelle dans « Extases », une BD tout en pudeur.

Par Stéphanie Estournet

La dernière fois que j’avais lu une bande dessinée qui mettait en scène la relation d’un type avec sa bite, c’était dans un autre siècle et dans L’Echo des savanes. Ça s’intitulait Le Bavard: l’histoire, par l’Italien Paolo Bacilieri, d’un loser dont le pénis se met à parler, ce qui lui rend la vie particulièrement difficile.  Plan-plan, cette comédie à la Aldo Maccione aurait pu figurer au programme de la Rai berlusconienne s’il n’y avait eu ces gros plans sur le sexe braillard.

Depuis, la BD a grandi, et les éditeurs ont vu leur intérêt à promouvoir l’étiquette « roman graphique ». Dave McKean, Chris Ware, Will Eisner, ou Gene Luen Yang nous ont emmenés aux sources de leurs angoisses, de leurs questionnements métaphysiques, de leurs débordements oniriques.

Extases, de JeanLouis Tripp.

Extases, de JeanLouis Tripp, raconte la jeunesse de l’auteur né dans une famille aimante et communiste dans les années soixante. Deux sujets secouent le jeune JeanLouis. D’abord ce qui fait battre le cœur: « Les filles, c’est inconnu… C’est bizarre.. Et ça fait pleurer. » Puis, c’est l’adolescence, et avec elle les injonctions du désir qui fait durcir « la quique ». Le tout aboutissant à la question annonçant l’entrée dans le monde adulte: comment concilier le sentiment amoureux et les réponses aux multiples désirs – ce grand écart entre stabilité et nécessité d’aventures évoqué par la psychologue Ester Perel.

Extases, de JeanLouis Tripp.Bientôt amoureux, JeanLouis ment et se ment. En grand romantique, il n’envisage pas de renoncer à celle qu’il aime. Pas plus qu’il ne se résout à endiguer le « torrent d’hormones » qui fait brûler en lui une « envie de baiser la moitié de l’humanité ». Ses questions plus que ses éjaculations en font un homme sensible et délicat. Avec JeanLouis, on s’interroge sur notre propre point d’équilibre entre désirs et amour, on rit (un sextoy qui parait une bonne idée mais qui devient vite aussi affriolant qu’un gadget de cuisine), on doute (combien de fois par jour peut-on se branler sans devenir un cas pathologique?)…

Extases, de JeanLouis Tripp.
Comme Craig Thompson dans « Blankets », JeanLouis Tripp met en scène des moments d’innocence sublimes.

 

Chaque page livre son lot de corps, de phallus dressés, de désirs francs, de fantasmes non censurés. Ce qu’on retient pourtant, c’est une histoire tout en discrétion, sans bavardage idéologique, qui, en signifiant la difficulté de faire des choix, clame le droit au désir, au respect de l’autre, et à la nécessité du consentement.

 

Extases (tome 1), de JeanLouis Tripp. Casterman, 2017, 22 euros.

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